Cette note analyse la crise traversée par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) en 2025–2026.
Elle met en lumière les fragilités institutionnelles, les paradoxes de gouvernance, et les risques pour la mémoire des victimes.
La CIIVISE traverse une crise majeure. Après avoir recueilli près de 30 000 témoignages depuis 2021, la commission voit sa dynamique s’effondrer. Départs successifs, moyens réduits, ligne d’écoute saturée, controverses autour de l’archivage des récits. Ce qui vacille n’est plus seulement une structure administrative, mais la mémoire même des victimes.
La situation met en lumière des tensions profondes. L’institution avait reposé sur une figure fondatrice, ce qui l’a rendue vulnérable dès que cette incarnation a disparu. La parole des victimes, encouragée publiquement, se retrouve parfois enfermée dans des cadres qui la contraignent. La reconnaissance des violences peine à se traduire en réparation concrète. Les associations, pourtant en première ligne, restent peu associées aux décisions. La protection de l’enfance se heurte encore à des tabous familiaux et sociaux, tandis que les institutions exigent la transparence des victimes tout en demeurant opaques. Le silence médiatique qui entoure cette crise accentue encore la fragilité du dispositif.
Au‑delà de la commission, c’est la capacité de la société à entendre, transmettre et réparer qui se trouve interrogée. La CIIVISE ne peut être simplement prolongée. Elle doit être repensée, avec une gouvernance plus collégiale, un consentement réellement éclairé pour l’usage des témoignages, des dispositifs de réparation crédibles, des espaces d’expression autonomes, une ouverture des archives et une indépendance renforcée des médias.
La crise actuelle rappelle l’urgence d’un engagement collectif à la hauteur des attentes et des vulnérabilités mises au jour.

